Cadastre des misères / Vincent Dutois

Cadastre des misères équivaut à une déambulation en 23 stations, qui sont autant de vies & de chroniques, illustrées par des photographies de la main même de l’auteur. Quelques textes ont paru initialement dans la revue Dernier Carré.

Court extrait : On a beau le savoir mort et enseveli depuis longtemps, il entête toujours. Un chasseur aguerri raconte qu’il a mis en joue, dans les bois, une créature qui lui ressemblait presque, à la peau maïs, les mains baguées de verrues, traînant le même manteau de misère, dépenaillée ; et les chiens suaient d’effroi. La consigne dans les familles est donc qu’au cas où, s’il est parfois de retour, sous sa forme d’antan ou sous une autre, mieux vaut le fuir. Le vent, une feuille, une respiration derrière un mur, et tous s’égaient, en des envols d’écolières et des courses de vitesse ; les garçons poussent des cries de mue, lorsqu’on les surprend à la baignade ou au jeu ; l’estomac d’un jardinier sursaute à la brune au coup de muscle dans l’air d’une grive. On a beau le savoir mort et enseveli depuis longtemps, la ligue qui s’est formée au café aimerait, disent-ils, si la loi permet d’exhumer, en avoir malgré tout le cœur net.

De l’avis de Pascale Busson-Martello : « Les mots sont vifs qui disent ici les morts. Et riches ceux qui content leurs misérables misères. Les Vanités, celles des peintures qu’on aime tant, saturées de nacres et d’argent, de bijoux, vanitas vanitatis, n’y ont pas leur place. D’ailleurs, il n’y a de place pour personne dans ces carrés d’éternité, ni devant eux, ni à côté. On ne pourra pas dire qu’il n’y a que la mort pour faire les gens égaux. Formule pour les nantis des cimetières. Car dans les champs du repos, comme on les appelle parfois, certains reposent moins bien que d’autres.  Il faut dire que ça les a pris depuis longtemps. Et pour ceux-là depuis toujours. La vie comme une poisse. Peut-être aurait-il mieux valu qu’ils ne naissent pas. Mais aucun d’eux n’a lu Cioran pour confirmer, bien que et même si vivre empire. Maintenant ils sont là, dans leur Cadastre des misères celui que Vincent Dutois a délinéé pour eux, à qui il a donné un peu de rab, un rabiot. Une parcelle d’avenir. Oh ! pas pour que la mouise perdure, pas comme une consolation posthume et par procuration. Mais pour embeaumer leurs disgrâces, leurs difformités, leurs pauvretés. Pouilleries et gueuseries. »

Ouvrage indisponible

Cadastre des misères, 32 pages, 9.50 euro

Notes & articles : Pascale Busson-Martello (http://pascalebussonmartello.over-blog.com/2019/06/il-se-peut-que-la-vie-ordinaire-grincait-deja.html) ; Denis Montebello (http://cotojest.over-blog.com/2019/07/cadastre-des-miseres.html) ; Anna de Sandre (https://annadesandre.com/2019/06/19/vincent-dutois-le-cadastre-des-miseres/) ; Eric Dussert à l’Alamblog (http://www.alamblog.com/index.php?post/2019/10/16/Le-cadastre-des-fantomes) ; Jean-Paul Rigaud (http://jean-paul-rigaud-andco.over-blog.com/2020/05/cadastre-des-miseres-le-choc.html) ; Alain Kewes pour la revue Décharge n°186 (https://leslecturesdalka.over-blog.com/2020/11/vincent-dutois-cadastre-des-miseres-la-meche-lente.html).

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